
Choisir la vie d’artiste professionnel·le, entreprendre un nouveau projet ou laisser sa pratique évoluer comporte une part d’incertitude. Les contrats ne se suivent pas toujours, certains projets mettent du temps à voir le jour et les revenus peuvent fluctuer considérablement.
Gabrielle Boulianne-Tremblay, autrice, scénariste et comédienne, connaît bien cette réalité. Avant de se consacrer entièrement à sa carrière artistique, elle a travaillé pendant dix ans comme cosméticienne. Pendant près de deux ans, elle s’est demandé s’il était avisé de quitter cette stabilité et si un avenir dans les arts était réellement possible pour elle.
Son parcours rappelle à quel point il peut être difficile de prendre des risques lorsque sa stabilité financière est en jeu. Et lorsque les ressources personnelles s’épuisent et qu’une situation devient particulièrement difficile, savoir qu’une aide ponctuelle existe peut faire une réelle différence.
Prendre soin des artistes, c’est aussi leur permettre de prendre des risques.
« Juste de savoir qu’il y avait une Fondation des artistes, ça m’a aidée à me lancer parce que je me disais : il y a un filet quelque part qui va me rattraper si jamais je saute. »
Gabrielle n’a jamais eu à recevoir l’aide de la Fondation des artistes. Ses mots témoignent néanmoins de l’importance que peut avoir le simple fait de savoir qu’une ressource existe dans les moments de grande vulnérabilité.
La Fondation des artistes offre notamment une aide financière ponctuelle de dernier recours aux artistes professionnel·les qui traversent une situation financière particulièrement difficile et qui n’ont plus d’autres ressources vers lesquelles se tourner.
Dans le cas de Gabrielle, les périodes d’incertitude n’ont pas disparu une fois le saut effectué. Lors des moments plus creux, l’idée de retourner vers un emploi plus stable lui traversait encore l’esprit. Son entourage a alors joué un rôle important : pouvoir parler de ses inquiétudes, être comprise dans son désir de poursuivre sa carrière et partager ses questionnements l’a aidée à traverser ces périodes.
Le soutien peut ainsi prendre différentes formes. Il peut venir des proches, d’une écoute attentive ou, lorsque les circonstances l’exigent, d’une aide financière ou psychosociale.
Une carrière artistique a besoin d’espace pour s’épanouir
Prendre soin des artistes signifie aussi reconnaître qu’une carrière peut se transformer au fil des années.
La pratique de Gabrielle en est un bon exemple. D’abord connue comme comédienne, elle accorde aujourd’hui une place particulièrement importante à l’écriture. Elle demeure ouverte aux projets de télévision et de cinéma comme interprète, mais ses intérêts et sa manière de créer ont évolué.
Ces périodes d’évolution font partie d’un parcours artistique. Elles demandent du temps pour réfléchir, essayer, développer de nouvelles idées et parfois redéfinir sa pratique : un travail essentiel, même lorsqu’il demeure moins visible aux yeux du public.
Une carrière ne se construit pas uniquement à travers les contrats obtenus ou les œuvres terminées. Elle se développe aussi dans ces moments où l’artiste cherche, expérimente et trouve de nouvelles façons d’exercer son métier.
Le soin commence par l’écoute
Lorsqu’elle réfléchit à ce que signifie prendre soin des artistes, Gabrielle revient à une idée simple :
« Prendre soin des artistes, c’est reconnaître leurs besoins. C’est être à l’écoute. »
Cette écoute est d’autant plus importante que les réalités du milieu évoluent. Les besoins diffèrent selon les disciplines, les étapes d’une carrière et les expériences de chaque personne.
Gabrielle en a elle-même fait l’expérience à travers son implication au sein d’un comité consacré à la diversité sexuelle et de genre. Pour elle, ces espaces de dialogue permettent de nommer certaines lacunes, de mieux comprendre les réalités vécues par les artistes et de réfléchir aux améliorations possibles.
Elle souhaite notamment voir se développer des environnements de travail où les artistes de différentes communautés peuvent se sentir accueilli·es, respecté·es et suffisamment en confiance pour s’épanouir. De nouveaux enjeux, comme ceux soulevés par l’intelligence artificielle, viennent également transformer les préoccupations du milieu.
Rester à l’écoute signifie donc accepter que les besoins changent et que les réponses doivent évoluer avec eux.
« On se sent pas juste comme des numéros, des matricules, mais comme des personnes à part entière avec des enjeux respectifs », résume-t-elle.
Être présent lorsque les ressources s’épuisent
Le témoignage de Gabrielle rappelle que derrière une carrière artistique se trouvent aussi des périodes d’incertitude et de vulnérabilité. Parfois, les difficultés dépassent ce qu’une personne peut absorber seule.
C’est notamment dans ces moments que la Fondation des artistes peut intervenir. Lorsqu’un·e artiste professionnel·le traverse une situation financière particulièrement difficile et que ses autres ressources ne suffisent plus, la Fondation peut offrir une aide ponctuelle de dernier recours.
Ce soutien ne fait pas disparaître l’incertitude qui accompagne une carrière artistique. Il permet toutefois d’être présent lorsque les circonstances deviennent particulièrement fragiles et d’aider des artistes à traverser une période difficile avec dignité.
Comme le rappelle Gabrielle, donner à la Fondation des artistes contribue aussi à créer une forme de solidarité et à rappeler aux artistes que des personnes croient en eux·elles et en leur travail.
Prendre soin des artistes, c’est être à leur écoute, reconnaître leurs réalités et être présent lorsque les ressources viennent à manquer.